LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE

 

 

Henry David Thoreau

La Désobéissance civile (1849) 

 

 

 

 

 

Portrait par Benjamin D. Maxham,

daguerréotype de l’écrivain de juin 1856

 

 

 

 

heureux possesseur d’une liseuse, je numérise quelques livres de ma bibliothèque, des Anticipations, des bouquins de gare, des polars pourris et d’autres de ces œuvres que personne ne réimprime ni ne réédite en version électronique mais que l’on ne trouve a des prix prohibitifs sur les sites d’enchères. Et comme c’est un travail de titan, ce serait dommage qu’il ne profite qu’à une personne…


Parce qu’on ne peut vivre que de SF et d’eau fraîche, je récupère aussi quelques textes emblématiques de la pensée anarchiste, les remets en page pour les distribuer au plus grand nombre.


Je ne cherche pas à faire une intégrale, les œuvres que je distribuerais n’ont pas toutes la même portée politique, je ne ferais pas de l’encyclopédisme non plus, justes des texte à lire, digérer, réfléchir.

 

Bonne lecture

AB

Biographie

 

Henry David Thoreau, né David Henry Thoreau le 12 juillet 1817 à Concord (Massachusetts) où il est mort le 6 mai 1862, est un essayiste, enseignant, philosophe, naturaliste amateur et poète américain.

Son œuvre majeure est Walden ou la vie dans les bois, publiée en 1854, qui délivre ses réflexions sur une vie simple loin de la société, dans les bois, lors de sa « révolte solitaire ». Le livre La Désobéissance civile (1849), dans lequel il avance l’idée d’une résistance individuelle à un gouvernement jugé injuste, est considéré comme à l’origine du concept contemporain de non-violence. Abolitionniste toute sa vie, faisant des conférences et militant contre les lois sur les esclaves évadés et capturés, louant le travail des abolitionnistes et surtout de John Brown, Thoreau propose une philosophie de résistance non violente qui influence des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King ou Rick Bass.

 

Les livres, articles, essais, journaux et poésies de Thoreau remplissent vingt volumes. Surnommé le « poète-naturaliste » par son ami William Ellery Channing (1780 – 1842), Thoreau se veut un observateur attentif de la nature et ce surtout dans ses dernières années durant lesquelles il étudie des phénomènes aussi variés que les saisons, la dispersion des essences d’arbres ou encore la botanique3. Les différents mouvements écologistes ou les tenants de la décroissance actuels le considèrent comme l’un des pionniers de l’écologie car il ne cesse de replacer l’homme dans son milieu naturel et appelle à un respect de l’environnement.

 

« Ma vie a été le poème que j’aurais voulu écrire » explique Thoreau dans un poème4, car il est avant tout à la recherche de l’existence la plus authentique. Selon l’expression de Michel Barrucand : « Vivre fut sa profession, s’émerveiller sa raison d’être, écrire sa façon de se révolter ou de témoigner »

 

Œuvres

 

L’esprit commercial des temps modernes et son influence sur le caractère politique, moral et littéraire d’une nation (1837)111

Aulus Persius Flaccus (1840)

The Service (1840)

Natural History of Massachusetts (publié dans le Dial en juillet 1842)

Paradise (to be) Regained (1843)

The Landlord (1843)

Sir Walter Raleigh (1844)

Herald of Freedom (1844)

Wendell Phillips Before the Concord Lyceum (1845)

Reform and the Reformers (1846-8)

Thomas Carlyle and His Works (1847)

Une semaine sur les fleuves Concord et Merrimac (A Week on the Concord and Merrimack Rivers) (1849)

La Désobéissance civile (Civil Disobedience) (1849)

An Excursion to Canada (1853)

L’Esclavage dans le Massachusetts (Slavery in Massachusetts) (1854)

Walden, ou, La vie dans les bois (Walden or Life in the woods) (1854)

Remarks After the Hanging of John Brown (1859)

The Last Days of John Brown (1860)

Plaidoyer pour John Brown (A Plea for Captain John Brown) (1860)

De la marche (Walking) (écrit en 1851, publié en 1862)

Couleurs d’automne (Autumnal Tints) (1862)

Wild Apples : The History of the Apple Tree (1862)

Excursions (1863)

La Vie sans principe (1863)

Night and Moonlight (1863)

The Highland Light (1864)

Les Forêts du Maine (The Maine Woods) (1864)

Cape Cod (Cape Cod) (1865)

Letters to Various Persons (1865)

Un Yankee au Canada (A Yankee in Canada, with Anti-Slavery and Reform Papers)(1866)

Early Spring in Massachusetts (1881)

Summer (1884)

Winter (1888)

Autumn (1892)

Miscellanies (1894)

Familiar Letters of Henry David Thoreau (1894)

Poems of Nature (1895)

The First and Last Journeys of Thoreau (1905)

Découvert tardivement parmi ses journaux et manuscrits inédits

Thoreau, journal, 1837-1861

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait au crayon d’Henry David Thoreau en 1854 par Samuel Worcester Rowse et conservé à la Concord Free Public Library.

 

Sources :

Wikipédia

http//nouvelordre.iquebec.com/biblio.html

 

La Désobéissance civile

 

 

 

 

De grand cœur, j’accepte la devise : « Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins » et j’aimerais la voir suivie de manière plus rapide et plus systématique. Poussée à fond, elle se ramène à ceci auquel je crois également : « que le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout » et lorsque les hommes y seront préparés, ce sera le genre de gouvernement qu’ils auront. Tout gouvernement n’est au mieux qu’une « utilité » mais la plupart des gouvernements, d’habitude, et tous les gouvernements, parfois, ne se montrent guère utiles. Les nombreuses objections – et elles sont de taille – qu’on avance contre une armée permanente méritent de prévaloir ; on peut aussi finalement les alléguer contre un gouvernement permanent. L’armée permanente n’est que l’arme d’un gouvernement permanent. Le gouvernement lui-même – simple intermédiaire choisi par les gens pour exécuter leur volonté –, est également susceptible d’être abusé et perverti avant que les gens puissent agir par lui. Témoin en ce moment la guerre du Mexique, œuvre d’un groupe relativement restreint d’individus qui se servent du gouvernement permanent comme d’un outil ; car au départ, jamais les gens n’auraient consenti à cette entreprise.

 

Le gouvernement américain – qu’est-ce donc sinon une tradition, toute récente, qui tente de se transmettre intacte à la postérité, mais perd à chaque instant de son intégrité ? Il n’a ni vitalité ni l’énergie d’un seul homme en vie, car un seul homme peut le plier à sa volonté. C’est une sorte de canon en bois que se donnent les gens. Mais il n’en est pas moins nécessaire, car il faut au peuple des machineries bien compliquées – n’importe lesquelles pourvu qu’elles pétaradent – afin de répondre à l’idée qu’il se fait du gouvernement. Les gouvernements nous montrent avec quel succès on peut imposer aux hommes, et mieux, comme ceux-ci peuvent s’en imposer à eux-mêmes, pour leur propre avantage. Cela est parfait, nous devons tous en convenir. Pourtant, ce gouvernement n’a jamais de lui-même encouragé aucune entreprise, si ce n’est par sa promptitude à s’esquiver. Ce n’est pas lui qui garde au pays sa liberté, ni lui qui met l’Ouest en valeur, ni lui qui instruit. C’est le caractère inhérent au peuple américain qui accomplit tout cela et il en et il en aurait fait un peu plus si le gouvernement ne lui avait souvent mis des bâtons dans les roues. Car le gouvernement est une « utilité » grâce à laquelle les hommes voudraient bien arriver à vivre chacun à sa guise, et, comme on l’a dit, plus il est utile, plus il laisse chacun des gouvernés vivre à sa guise. Le commerce et les affaires s’ils n’avaient pas de ressort propre, n’arriveraient jamais à rebondir par-dessus les embûches que les législateurs leur suscitent perpétuellement et, s’il fallait juger ces derniers en bloc sur les conséquences de leurs actes, et non sur leurs intentions, ils mériteraient d’être classés et punis au rang des malfaiteurs qui sèment des obstacles sur les voies ferrées.

 

Mais pour parler en homme pratique et en citoyen, au contraire de ceux qui se disent anarchistes, je ne demande pas d’emblée « point de gouvernement », mais d’emblée un meilleur gouvernement. Que chacun fasse connaître le genre de gouvernement qui commande son respect et ce sera le premier pas pour l’obtenir.

 

Après tout, la raison pratique pour laquelle, le pouvoir une fois aux mains du peuple, on permet à une majorité de régner continûment sur une longue période ne tient pas tant aux chances qu’elle a d’être dans le vrai, ni à l’apparence de justice offerte à la minorité, qu’à la prééminence de sa force physique. Or un gouvernement, où la majorité règne dans tous les cas, ne peut être fondé sur la justice, même telle que les hommes l’entendent. Ne peut-il exister de gouvernement où ce ne seraient pas les majorités qui trancheraient du bien ou du mal, mais la conscience ? où les majorités ne trancheraient que des questions justiciables de la règle d’opportunité ? Le citoyen doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au législateur ? A quoi bon la conscience individuelle alors ?

 

Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation qui m’incombe est de faire bien. On a dit assez justement qu’un groupement d’hommes n’a pas de conscience, mais un groupement d’hommes consciencieux devient un groupement doué de conscience. La loi n’a jamais rendu les hommes un brin plus justes, et par l’effet du respect qu’ils lui témoignent les gens les mieux intentionnés se font chaque jour les commis de l’injustice.