Mais il n'y a pas PUTOIS
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Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables d'ouvrier assez lunatique pour refuser de venir travailler à Monplaisir. Ma maison est connue, je pense. Putois se rendra à mes ordres, et lestement, ma mignonne. Dites−moi seulement où il loge ; j'irai moi−même le trouver." Ma mère répondit qu'elle ne savait pas où logeait Putois, qu'on ne lui connaissait pas de domicile, qu'il était sans feu ni lieu. "Je ne l'ai pas revu, madame. Je crois qu'il se cache." Pouvait−elle mieux dire?
"Mme Cornouiller pourtant ne l'écouta pas sans défiance ; elle la soupçonna de circonvenir Putois, de le soustraire aux recherches, dans la crainte de le perdre ou de le rendre plus exigeant. Et elle la jugea vraiment trop égoïste. Beaucoup de jugements acceptés par tout le monde, et que l'histoire a consacrés, sont aussi bien fondés que celui−là.
C'est pourtant vrai, dit Pauline.
Qu'est−ce qui est vrai? demanda Zoé, à demi sommeillant.
Que les jugements de l'histoire sont souvent faux. Je me souviens, papa, que tu as dit un jour: "Mme Roland était bien naïve d'en appeler à l'impartiale postérité et de ne pas s'apercevoir que, si ses contemporains étaient de mauvais singes, leur postérité serait aussi composée de mauvais singes."
Pauline, demanda sévèrement Mlle Zoé, quel rapport y a−t−il entre l'histoire de Putois et ce que tu nous contes là?
Un très grand, ma tante.
Je ne le saisis pas."
M. Bergeret, qui n'était pas ennemi des digressions, répondit à sa fille:
"Si toutes les injustices étaient finalement réparées en ce monde, on n'en aurait jamais imaginé un autre pour ces réparations. Comment voulez−vous que la postérité juge équitablement tous les morts? Comment les interroger dans l'ombre où ils fuient? Des qu'on pourrait être juste envers eux, on les oublie. Mais peut−on jamais être juste? Et qu'est−ce que la justice? Mme Cornouiller, du moins, fut bien obligée de reconnaître à la longue que ma mère ne la trompait pas et que Putois était introuvable.
"Pourtant elle ne renonça pas à le découvrir. Elle demanda à tous ses parents, amis, voisins, domestiques, fournisseurs, s'ils connaissaient Putois. Deux ou trois seulement répondirent qu'ils n'en avaient jamais entendu parler. Pour la plupart, ils croyaient bien l'avoir vu. "J'ai entendu ce nom−là, dit la cuisinière, mais je ne peux pas mettre un visage dessus. Putois! Je ne connais que lui, dit le cantonnier en se grattant l'oreille.
Mais je ne saurais pas vous dire qui c'est." Le renseignement le plus précis vint de M. Blaise, receveur de l'enregistrement, qui déclara avoir employé Putois à fendre du bois dans sa cour, du 19 au 23 octobre, l'année de la Comète.
"Un matin, Mme Cornouiller tomba en soufflant dans le cabinet de mon père: "Je viens de voir Putois. Ah!
Je l'ai vu. Vous croyez? J'en suis sûre. Il rasait le mur de M. Tenchant. Puis il a tourné dans la rue des Abbesses, il marchait vite.
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